MISE EN SCENE

MONSTRES ET CONTRE CULTURE

En passant par la Lorraine avec mes bottes de moto, j’ai rencontré un phénomène appelé Fredo. Slim, du nom de sa HD, époussette notre douce France, en portant un regard tendre sur la contre-culture et les monstres en liberté.

Rock’n’Roll attitude dans sa galerie d’art, Mise en Scène.

Le phénomène

Coupez ! Coupez ! Vous n’y êtes pas du tout. La rencontre n’a pas eu lieu en Lorraine mais à Marseille. Ce n’est pas la bonne mise en scène. On reprend.

J’y suis. J’ai rencontré Fredo Slim sur planète Mars, chez ma sister Angies. La rencontre est fortuite. Il y a un an, il a ouvert une galerie d’art appelée Mise en Scène à Neuves-Maisons en Lorraine, un point perdu dans le Grand Est de la France, où je n’ai jamais mis les pieds. Je n’en ai même jamais entendu parler. Une bourgade, de la taille de Cassis ou d’Eguilles, située en pleine campagne avec un clocher. A ce propos, ses potes le charrient gentiment- t’as dit où déjà ? A Neu Neu ? Chez nous, dans le midi, on aurait dit à la pacoule… (expression du sud qui signifie être dans un coin reculé, loin de la civilisation)

Fallait-il une bonne dose d’impertinence ou d’inconscience pour oser transplanter l’art contemporain et la photographie érotique dans un champ de blé (j’exagère à peine en bonne marseillaise d’adoption que je suis) ? Mais ce n’est pas tout… A chaque rendez-vous, sa galerie d’art draine des dizaines de bikers barbus et tatoués sur leur Harley-Davidson ou leur chopper… ça fait désordre. On est tout de même pas à Saint Tropez ! Avec Mise en scène, Fredo Slim réveille la Belle au bois dormant de cette commune éloignée et fait du remue méninges dans le voisinage.

L’iconoclaste sourit, tranquillement installé dans un canapé. Il semble serein puisque ce n’est pas l’argent qui le motive. Son intention est de faire partager des moments de rencontre et de convivialité dans un lieu où chacun peut accrocher ses toiles ou suspendre des saucissons. Alors c’est quoi Mise en Scène ? Une sorte d’auberge espagnole ? Tu l’appelles comme tu veux.

En fait, Fredo nous invite à prendre part à son monde espiègle dans le respect des règles de l’art et le bouleversement de l’ordre établi : Fraternité, Egalité, Liberté… Quel est donc ce drôle d’humain qui fait sa révolution sans remettre en cause nos plus nobles aspirations ? Peu bavard à son sujet, sans aucun doute par modestie, il préfère parler de ses amitiés, des artistes et de ses rapports adelphiques qui le lient à tous les autres, car ce sont ses congénères qui l’intéressent, et tout particulièrement dans leur plus nue expression.

Ainsi, si je devais faire le portrait de ce personnage, je dessinerais un smiley, un point d’interrogation et trois points de suspension, le tout en noir et blanc.

Les belles et les bêtes

Il n’a toujours pas quitté son sourire suspendu aussi énigmatique que celui esquissé par la Joconde. Tout semble l’amuser et lui donne un air badin et malicieux. C’est l’enfant joueur qui s’émerveille d’un tout et d’un rien, qui jongle avec le ciel et la terre, et se réjouit du subtil dans ce bas monde. Il en va ainsi de son approche de la réalité, à pas feutré et sans jugement, pour saisir dans la mise en scène où l’instantané, un mouvement de vérité.

Ce moment délicat et fugace, Fredo l’attrape avec son objectif de 30 ou 150 mm, comme un naturaliste se servirait d’un filet pour capturer un papillon en pleine évolution. Créateur d’images, plus que photographe, se dit-il, il est l’artisan d’un espace en noir et blanc dont les polarités interagissent pour révéler ses modèles favoris : les femmes scénarisées dans une liaison aussi distancée que charnelle,  les gueules cassées dans un contact rapproché quand les nuits blanches libèrent leur franche virilité. N’y a t’il pas dans ces deux facettes, un jeu de cache-cache d’ombre et de lumière ?

Et pour finir, il utilise une technique qui lui tient de signature pyrotechnique : il fait cramer la photo. Jouerait-il avec le feu en carbonisant ce qu’il voue à l’immortalité ? Alors Fredo, une tête brûlée ?

Monstres en liberté

Auriez-vous vu Barberousse ? Il doit certainement être parmi les pirates, les vieux briscards, les barbares, les anars ou autres bikers, en train de se troncher la gueule.  Juste après Vincen (Massez), vous voyez le peintre punk qui crée des créatures fantastiques et un bestiaire coloré et féerique. Il est également musicien et joue dans le groupe PKRK, vous connaissez ? En ce moment, il explique à un visiteur pourquoi il a réalisé un impressionnant tunnel de visages. Regardez bien, il n’y en a qu’un qui nous observe.  Serait-ce Caïn ? A côté, c’est Kaza. Lui, sa spécialité, ceux sont les femmes arrivées à maturité qui se laisseraient tenter à dévorer le fruit défendu tout entier. Serait-ce un péché, ma foi ? Là bas, c’est qui ? C’est Lorenzzo, un caricaturiste. Wow, n’est-ce pas Renaud, notre chanteur national qui fait une dédicace ? C’est bien lui, Lorenzzo l’a croqué pour la postérité. Il en a croqué beaucoup d’autres, surtout les people. Quoi ? Ici, il y a  des ogres, des cannibales, des Hannibal ? Vous n’avez pas encore tout vu ? Voici le peintre Gary (Didier). C’est lui qui est à l’origine de créatures bizarres au corps déformé et au sourire hébété. C’est chouette, vous ne trouvez pas ? Ne parlez pas d’oiseaux de malheur… Et Tranche de Sko vous coupe la tête et la remplace par celle d’un sujet de Playmobil. Au passage, il vous arrache aussi les yeux… C’est le trou noir… Apocalyse now !

Coupez, coupez ! Quoi encore ? Les bras ? Les jambes ? Tout y passe ici.

Nadine ? Oui, Angies. Tu te barres en couilles ! Mais non, nous ne sommes pas sur planète Mars.  Nous sommes en Lorraine. Sacrée galerie de monstres, n’est-ce pas ? Encore mieux, une galerie de monstres sacrés !

Et Fredo, l’auriez vous aperçu ? Il est partout en grand seigneur et maître du jeu, avec son objectif pour mieux vous apprivoiser, mon enfant. Mon Dieu, y aurait-il aussi des loups garous dans ce chaos joyeux et tumultueux ?

Attirée par une lueur, une passante entre dans la galerie. Elle regarde les vieilles pierres et se dit qu’elle pourrait faire un bout de carrière, dans ce lieu accueillant, en faisant goûter son vin. Evidemment qu’elle est des nôtres, elle lèvera son verre comme les autres. Voyez vous à Mise en Scène vous êtes tous les bienvenus. Ce ne sont pas des monstres tout de même.

Mon récit n’est qu’une Mise en Scène écrite au présent pour traduire l’atmosphère et l’état d’esprit à la galerie depuis un an. Ici, il n’y a pas de hiérarchie. Tous les passagers sur cette terre sont à la même enseigne, libres de s’exprimer comme ils l’entendent, pourvu que leur belle humanité reste entière.

Voyous et flambloyants

« Pour vivre hors la loi, il faut être honnête » ainsi les Free Freaks signent leur manifeste en empruntant la voix de Bob Dylan. Ces rockers et bikers, autoproclamés voyous et flambloyants, affirment qu’ils parlent « aux dieux sans baisser les yeux » et vous emmènent avec  truculence, dans un monde libre et monstrueux, qui ravive nos peurs primales et notre instinct animal. Photographes, illustrateurs, dessinateurs, ils n’en sont pas moins les respectables prestataires de Rock and Folk, l’Echo des Savanes et même de Libération ainsi que les auteurs d’un opus sur les Hells Angels du chapitre parisien. En 2012, pour la « galerie », ils lancent un journal de 64 pages qui se distingue par son insolence et sa turbulence. Il est vendu 5 euros. Mais si tu reconnais un Free Freaks, c’est cadeau.

Les concernant, je ne vous en dirai pas davantage. Peut-être une prochaine fois. Allez d’abord faire un tour sur leur site et notez sur vos tablettes : 16 et 17 juin 2017 à Neuves Maisons, deux jours initiatiques à la contre culture. Si vous passez par la Lorraine, avec ou sans moto, suivez les monstres en liberté jusqu’à la mine de Val de Fer. On vous y attend. Fredo a dû montrer patte blanche et jouer des gros bras pour laisser entrer les prophètes sans troubler la Belle au bois dormant. Vous pourrez y entendre les Free Freaks dire haut et fort que « l‘art n’est rien d’autre que tenter d’écouter le bruit des âmes et de leurs jouets éphémères ».  Il y aura du lourd, des décibels et d’intenses vibrations. Entrée libre (évidemment).

Soyez prudent, à la sortie de l’autoroute. N’écrasez pas un loup garou.

Alors Fredo, un Free Freaks ?

Mise en Scène

27, rue du Général Thiry

54230 Neuves Maisons

06 61 91 92 16

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