FEMME ET MOTARDE

JUSQU’AU BOUT DES ONGLES

Premier magazine féminin, entièrement réalisé par des femmes ou presque, qui parle motos, scooters et cosmétique, et pour les plus rebelles, de mécanique.

Entretien avec Bénédicte Simon, rédactrice en chef de Femme et Motarde

Enfin, un mag pour nous !

Au salon de la moto à Paris, je suis passée à côté. Même pas vu ! Le palais des expos de la Porte de Versailles est trop grand pour une seule journée. J’avais mal aux pieds. Le bruit, le monde, les nouveautés avaient fini par m’achever. Mais, la curiosité est un flair qui ne trompe pas. A l’aéroport, dans un kiosque, je mets la main sur un magazine réservé aux Femmes motardes. Il était pourtant représentait au salon.

J’ai trouvé mon premier sujet. Tout un symbole ! J’ai mis du temps, je sais, à m’approprier techniquement, ce nouvel outil, le blog. Mais j’y suis arrivée. Une fois décidée, je contacte le journal. Sympa ! Au premier appel, on me communique directement les coordonnées de Bénédicte Simon, la rédactrice en chef, nommée dès le second numéro et les suivants…

Femmes épanouies, danger ?

« Bonjour, Ici, Marseille, je crée un blog sur la moto, d’un point de vue féminin, qui sent bon la Provence, avec notre langage fleuri. J’aimerais vous interviewer« . La dame est occupée. Elle me propose un rendez-vous téléphonique dans quelques heures. Je garde mon sérieux,  J’envoie…

Dans le domaine des deux-roues motorisés, les femmes peuvent-elles avoir un rôle de premier plan ? Peuvent-elles influencer le secteur ? La journaliste s’empresse de répondre. Les questions d’ordre psychologique et sociologique intéressent la rédaction. Il y a encore trop d’injustices et d’inégalités.

C’est bon, je tiens la corde. A ce propos, la journaliste a des exemples. Elle évoque une étude menée par une chercheuse du CNRS, sur la représentation des motardes par les recruteurs. Les femmes à moto auraient plus de difficultés à trouver du boulot,  sans doute, selon elle, parce qu’elles donnent, une image plus affirmée. Cette fois, c’est Harley-Davidson qui annonce la couleur : une enquête sur un échantillon de plus de 2 000 femmes, nous révèle que les motardes sont sexuellement plus épanouies. Nous y voilà ! « Je suis une femme libérée », dit la chanson, sans doute débridée, pense le patron !

Côtés fantasmes, l’imaginaire travaille : de la pin-up des années 50 à la créature fantastique mi ange, mi démon, les clichés ne manquent pas. Dans son numéro 2, le magazine en a fait tout un sujet.

Très intéressante, cette thématique, mais je n’ai toujours pas réponse à ma question.

J’embraye pour passer à la vitesse supérieure. Alors, alors, peuvent-elles changer le monde ? C’est le militantisme des motardes qui vient alors à l’esprit de Bénédicte Simon. Elles étaient nombreuses à dire « non » au contrôle technique et aux réglementations que veulent nous imposer les pouvoirs publics. «C’est vrai que les motard(e)s ont un peu l’impression d’être persécuté(e)s.  Les chiffres attestent qu’il n’y a pas plus d’accidents. On voit bien qu’il y a des lobbies qui poussent à adopter ces mesures alors que les statistiques montrent que le parc se renouvelle, en moyenne, tous les 7 ans. Les femmes se destinent plutôt vers des deux-roues neufs, peut-être pour éviter de tomber en panne. En plus, c’est prouvé, elles causent moins d’accidents».

Les conséquences de ces décisions, qui nous tombent des hôtels de la République, font réagir la journaliste : « il y a une vraie injustice car la pollution émanant des motos vintage est sans comparaison avec les véhicules diesel». Concernant l’interdiction aux véhicules anciens de circuler dans Paris intra muros, Anne Hidalgo, aux premières loges, se prend une petite taloche au passage, pour lui rappeler ses contradictions : « Il faudrait retrouver cette vidéo où la Maire de Paris disait qu’elle soutenait les femmes autonomes et émancipées. On peut franchement s’interroger sur son engagement politique« . Et voilà, on connaît maintenant les opinions de la journaliste, du moins sur ce plan. La motarde est engagée. Merci patron de la FFMC.

Marketing au féminin 

Qui sont les lectrices ? Qui sont ces femmes libérées ? La journaliste avance les chiffres.  Selon une enquête de la GEMA, groupement des mutuelles, les femmes représenteraient 27 % des motocyclistes (50 cm3 et plus : chiffres 2012). En 2014, 14,38 % des permis deux-roues ont été attribuées aux femmes (les données 2015 ne sont pas encore publiées par la sécurité routière). Les marketers ont reniflé l’affaire et ont fait leur boulot. Ils changent de paradigme en adoptant des codes plus unisexes et moins clichés. Tant mieux, ce n’était pas toujours joli. On peut être girly sans ressembler à une gamine. Entre les tenues bonbonnières et les combinaisons en cuir, façon SM, il y a mille façons de s’équiper.

Pionnier dans ce domaine de l’évolution des genres, souligne la journaliste, Harley Davidson qui organise et soutient des évènements uniquement féminins. Ducati plus récemment, pour la présentation de son modèle 400 Sixty2 Scrambler, avait invité des blogueuses du monde entier.

«C’est un vrai changement de mentalité, se félicite Bénédicte Simon, « Nous sommes contactées par des concessionnaires pour couvrir des journées de promotion de leur gamme. C’est plutôt très rassurant. L’éditeur est content et les annonceurs suivent. Pour les professionnels, les femmes donnent une image plus apaisée que celle du mauvais garçon qui roule vite et ne respecte rien».

Sous objectif masculin

« Ce magazine a été fait pour et par des femmes, me dit Bénédicte Simon, fière d’avoir créé une équipe entièrement féminine d’une dizaine de consœurs, dans le but de mieux satisfaire les lectrices. Sauf ajoute-t-elle avec le sourire, pour les photographes » !

Tout a commencé courant 2015, avec un comité de préparation composé de professionnelles et de bénévoles qui s’est réuni pour définir la ligne éditoriale. Le choix s’est porté sur l’idée de saisonnalité avec des guides, des nouveautés et de l’initiation.

Le côté pratique prédomine, dans tous les numéros : conseils en équipements et en sécurité, un principe de base ; bien-être et  cosmétiques pour le confort et la santé avec un zoom sur le yoga et les crèmes solaires, sont des sujets également traités. Ces choix sont parfaitement assumés, malgré les remarques de certaines motardes : « pour des raisons d’intégration, certaines motocyclistes ont adopté les codes masculins. La moto n’empêche pas de rester féminine tout au long de la journée et n’exclut pas de prendre soin de sa peau et de son corps, souligne la journaliste. C’est important, quand on est davantage exposé aux éléments physiques qu’en voiture ».

La mécanique, de quoi calmer les puristes, est aussi prévue. «C’est  plus une initiation et des conseils pratiques pour aider les femmes et sortir des stéréotypes. Il y a des sujets sur lesquels on peut avancer. On voit que les professionnels font des efforts pour valoriser les femmes et ça c’est vraiment nouveau».

L’ambition de la rédactrice en chef ne se cantonne pas à vouloir séduire conductrices et passagères, motardes à part entière. Elle veut aussi s’adresser aux femmes qui hésitent encore et intéresser les hommes, autrement que par les photos !

Moto et scooter, pas de différence ?

Pour Bénédicte Simon, il ne peut y avoir de controverse : «le marché de la moto ne va pas si mal et évolue avec le monde du scooter». L’équipe du magazine a donc décidé de parler de ces deux types de machines et « c’est un vrai positionnement – insiste-t-elle car «la pratique du deux-roues motorisés est une réponse de mobilité urbaineSurtout pour les femmes, le scooter, c’est déjà le début de l’autonomie et de l’émancipation avant le passage à la moto». Et la transition de l’un à l’autre ne se fait pas que dans un sens. Une consœur du journal, ancienne pilote de compétition, préfère le scooter, pour circuler en ville.

«Il existe encore beaucoup de clichés. Un deux-roues, c’est avant tout, la liberté. On s’affranchit des convenances et on peut circuler plus facilement. On ne peut pas être tributaire uniquement de la voiture ou des moyens de transport qu’on nous impose. Et puis – ajoute Bénédicte Simon, les critiques envers le scooter ne sont pas bien méchantes. C’est juste une question de détails».

Après avoir lu ce billet et acheter Femme et motarde, vous saurez quoi faire de votre papier journal. En recyclant la lecture en peinture pour carrosserie, ça c’est de la culture !

Sorti en novembre 2015 par les éditions de la Fédération Française des Motards en Colère, le magazine Femme et Motarde a été largement plébiscité par les lectrices qui ont envoyé à la rédaction de nombreux messages de soutien.  Ce trimestriel de 100 pages, s’adresse à toutes celles qui circulent en deux-roues motorisés ou veulent se lancer que ce soit en moto ou en scooter. Pour une fois, Messieurs, vous êtes autorisés à jouer les voyeurs.

Encore une petite question : à quand une vision moins parisienne, avec une rubrique pour les marseillaises et les provinciales ? Suite au prochain numéro…

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Vendu en kiosque : 4,90 €