BERLIN

EN MODE NEO-RETRO & BIO

En Allemagne, on est écolo. On aime recycler, manger sain et pratiquer le deux-roues… Mais ici, c’est la bicyclette qui est la reine, devant la moto. Malgré tout, Berlin vous séduira avec ses larges avenues circulantes et ses bonnes adresses néo-rétro et bio.

Quelques repères shopping, vide-grenier et restos, dans une ville neuf fois plus grande que Paris. 

Heureux hasard…

Bon augure ! ? Seule, dans la nuit, sur le trottoir d’une ville inconnue, au bord d’un canal… Je viens de sortir du métro pour me rendre à l’hôtel. J’entends passer, au loin, un son familier…celui d’une Harley-Davidson…le ciel s’arrondit…un ange passe et me fait signe. Je suis à Berlin. Sans un sou (ou presque), mais heureuse, je marche au petit bonheur la chance. Je fonctionne beaucoup en mode serendipity.

Tout avait déjà commencé dans l’avion. Assis à mes côtés, un marseillais, la belle soixantaine, installé en Allemagne depuis 25 ans, danseur classique, devenu comédien, m’apprend que de sa fenêtre, il peut voir, à la tombée du soir, la valse de motos, au bruit sourd et profond, aller et venir, autour d’un local. Ces visiteurs énigmatiques, lui font penser à des personnages d’un théâtre d’ombre, mais dans la vraie vie.

Mon imagination va bon train. Que m’annoncent ces messages ?

Dès le lendemain, toujours en prise avec mes rêveries, je revêts ma tenue de combat, rangers et sac à dos, pour découvrir cette ville neuf à dix fois plus étendue que Paris. Je décide de l’aborder par le centre historique où se dresse l’édifice le plus haut d’Allemagne, la Fernsehturm, une tour de télévision construite dans les années 60, toute proche d’Alexanderplatz et du quartier du Mitte qui abrite l’île aux musées. De là, j’irai au conservatoire privé de motos produites en RDA avant de passer les derniers jours de mon séjour, au festival Pure and Crafted organisé par BMW Motorrad.

Slow down et survoltage

Au petit jour, le décor de la veille s’est transformé en un immense espace aux larges avenues circulantes où déferlent des vélos à tout va. Apparaît alors à moi, une toute autre perspective. Le son rond des moteurs de HD s’est teinté en une série de cliquetis métalliques des sonnettes des petites reines. Les piétons s’arrêtent au feu avec la discipline des militaires alors que j’agis comme chez moi dans le midi de la France, en passant entre les voitures. Je vais vite comprendre qu’ici on est loin de Marseille. On ne lève pas le ton, on ne klaxonne pas, on fonce dans le tas si on ne respecte pas la loi… et les règles de civilité. A vos risques et périls, chauffards et piétons pressés, vous ne serez pas épargnés. Je vous aurai prévenu, ce n’est pas sur la route que l’on fait les fous !

C’est la nuit, qu’en un tour de passe-passe, les berlinois font volte-face. La ville se livre alors aux rythmes frénétiques néo-païens, jusqu’au petit matin, dans les temples underground de la Techno, les plus courus de la planète, lit-on dans les guides touristiques. Ses rendez-vous fréquemment donnés à ciel ouvert, l’été, invitent les corps à basse fréquence à flirter avec Dame nature sur variation tellurique. Berlin nous sert ce cocktail détonnant qui vous tient en haleine jusqu’à l’aurore. Berlin ne dort jamais…

Trouvailles au vide-grenier

Tout près d’Alexanderplatz, au cœur de la vieille ville, près de l’église Saint Nicolas, je me réveille tout doucement avec un café allongé, accompagné d’une spécialité à la cannelle. De là, j’organise mon parcours entre Kreuzberg et de Friedrichshain pour repérer quelques friperies.  A mon grand désarroi, ces magasins proposent des tonnes de baskets, de t-shirts et de jeans de seconde main, rien de franchement original. Tout juste un corsage balconnant de Dirndl déniché chez Humana, que je verrais bien porté sous mon blouson de moto ou chez Colours, une paire de cuissardes vernies, juste pour rire.

Il me faudra attendre le samedi pour avoir ma vraie dose de dopamine.  Le vide-grenier de la mairie de Schöneberg, présent ce jour là, de 9:00 à 16:00, fait étal de tenues militaires provenant de la RDA, de patères avec marteau et faucille, de trophées de chasse ou de vêtements des années 50 cousus main. Ici, on y trouve des objets de décoration et des fringues vintage à condition, pour vous Mesdames, de faire au moins du 42.

COLOURS

Bergmannstrasse 102
Kreuzberg
10961 Berlin
Tél  +49 4102 454 53 – 0

HUMANA

Oranienburger Strasse 87
Mitte
10178 Berlin
Tél  +49 30 2883 64 00

Séance de shooting

En fan des seventies, j’ai entendu parler d’Imago à proximité de Moritzplatz. Ce studio photo possède un appareil de 3 tonnes, unique au monde, construit dans les années 70, qui restitue quasiment instantanément des photos en noir et blanc mesurant jusqu’à 2 mètre de haut. Cette machine à l’antre ventripotente vous livre une image au cachet inégalable. La rareté a un prix, bien trop élevé pour mon budget. Comptez 370 € le tirage de plain-pied et 270 €, le demi-portrait.

Dans le quartier de Tiergarten, juste en face de l’église du souvenir, je vais avoir plus de chance. Le centre commercial Bikini, ouvert en 2014, regroupe des créateurs presque exclusivement allemands qui peuvent louer des boxes pour une période déterminée. Toute la déco est faite avec des palettes recyclées. Ce concept-mall insolite offre aussi l’originalité de donner sur le zoo où l’on aperçoit, en prenant un verre, derrière d’immenses baies vitrées, des primates joueurs et au dernier étage, sur la terrasse, les autres animaux. Il abrite notamment Shots of Art, un studio photo qui propose une expérience toute aussi particulière mais à moindre prix : on choisit son look à partir d’une série de vêtements issus de la fripe avant de se faire shooter. La demi-heure d’essayage avec la styliste, qui s’amuse avec les accessoires pour peaufiner votre style, est un moment de pur bonheur et de rigolade.

Le résultat est saisissant : une vingtaine de clichés vous est présentée sans obligation d’achat. Vous achetez, si vous aimez. La photo numérique est à 50 €, le tirage papier à 20 €. Plus on en prend, plus l’addition est douce. Et ça marche du feu de Dieu…La preuve en image…

SHOTS OF ART

Bikini
Budapester Strasse
10787 Berlin
Site web

IMAGO

Prinzenstrasse 85 B
10969 Berlin
Tél  + 49 30 521 32 617
Site web

CAFE RACER 69

Hohenstaufenstrasse 69 10781 Berlin Tél  + 49 177 331 22 43 Site web

Logo Café Racer 69

Végétales et végétariens

Berlin compte un nombre incroyable de parcs. Jusque sur les trottoirs, des bacs à tomates et herbes aromatiques sont déposés en libre service. La nature est généreuse et le naturel se glisse dans la vie quotidienne des berlinois. Partout dans la ville, des magasins exposent des produits organiques et les restaurants à l’alimentation saine et équilibrée ne manquent pas.

Après mille détours, pour aller dans Schöneberg, je tombe par hasard sur un atelier de réparation de motos et de vente d’accessoires. A l’intérieur du Café Racer 69, le propriétaire, pressé et stressé, donne les derniers préparatifs pour le festival Pure and Crafted. Nous prenons rendez-vous.

Plus loin, dans la partie Gay et Lesbien du quartier où flottent des drapeaux arc-en-ciel en guise de bienvenue, Habibi est devenue une institution pour manger. Cette cantine turque, qui ne paie pas de mine, ne désemplit pas, pour ses compositions de fallafels croquants à l’intérieur et fondants au cœur ainsi que son taboulé, accompagnés d’une variété de légumes crus ou préparés pour moins de 7 €.

Dans le genre exotique aussi, le resto Umami à Prenzlauerberg propose une cuisine indonésienne, un peu plus chère mais tout aussi remplie de fraîcheur et de saveurs. Ce jour-là, j’ai choisi du poulet avec des patates douces, des carottes, du maïs cuit dans le lait de coco avec un riz basmati parsemé de coriandre. Tout près de là, sur l’un des points culminants du quartier, sur la colline Windmühlenberg, la butte aux moulins, trône un château d’eau transformé en immeuble d’habitation devenu un des symboles de ce site. Le jardin tout autour, me dit un berlinois, conserve les seules vignes de la ville. A peine une dizaine de pieds, cachés derrière un muret, fait la réputation, pour les rares initiés, de ce bel endroit.

Les adeptes des circuits ultra courts, du producteur direct à l’assiette, seront servis au potager urbain sur Moritzplatz, près d’Imago. Sur le chemin qui mène à la paillote où l’on peut déjeuner, les noms savants des plantes sont indiquées. La culture s’ingère jusqu’à la digestion.

A moins de 20 minutes en moto ou en transport en commun, vous pourrez pique-niquer sur l’ancien aéroport de Tempelhof où des jardins « ouvriers » ont pris forme. En week-end, ce terrain devient l’aire de jeu des berlinois qui viennent y faire du sport ou se détendre en famille.

En soirée, j’ai préféré me poser au bord du Spree, au Sage restaurant pour sa plage reconstituée ou dans l’une des gargotes chics, tout près de l’Arena.

Avant de quitter la ville, n’oublier pas de demander la spécialité pâtissière berlinoise : le bienenstich cake, gâteau morsure d’abeille. La recette contient une crème tellement sucrée qu’il rend les bestioles complètement folles.

HABIBI

Golzstrasse 24
Am Winterfeldplatz
10781 Berlin
Tél  Best 2153332

UMAMI

Knaackstrasse 16 -18
Prenzlauer Berg
10405 Berlin
Tél  +49 90 288 60 626

SAGE

Köpenicker Strasse 18 -20
Friedrichshain-Kreuzberg
10997 Berlin
Tél  +49 30 755 494 071

FREISCHWIMMER

Vor dem Schlesischen Tor 2 a
10997 Berlin
Tél  +49 30 610 74 309
Site web

Dans l’immensité…

Presque 900 km2 pour Berlin ville, plus de 3 700 km2 pour son agglomération. Au bout du compte, d’est en ouest, je me suis baladée, allant et revenant sur mes pas. Maintes fois, je m’y suis perdue, déboussolée par l’étendue malgré le repère central de la Fernsehturm. Dans cette ville fracturée, puis réunifiée, est-ce moi qui ai perdu le nord où le monde qui ne tourne pas rond ? Les anciens berlinois qui ont connu le tournant de l’unité allemande, m’ont raconté que les temps avaient bien changé. Ne demandez surtout pas votre chemin à la nouvelle génération ; elle prendra un malin plaisir à vous égarer dans les rues de la ville sans pour autant connaître votre réaction. C’est en fait, ce qui m’a le plus dérouté.

Au lieu dit East Side Gallery, la face ouest est promue en œuvre d’art, la face est soutient une exposition de photos des exactions en Syrie. Dressé comme une épaisse page d’histoire figée dans le sol, le mur aux  versants mis dos à dos fonctionnent en miroir. Jeunesse, que feras-tu demain ?

Au bout du compte, je suis heureuse de rentrer dans le sud, même si je serais bien rester quelques jours de plus pour découvrir cette ville aux deux visages.